METALLIAN Magazine - 2020
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CELTIC FROST Le cercle des tyrans…


METALLIAN - 32



N°32 : 2ème Trimestre 2003

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CELTIC FROST

Le cercle des tyrans…

Entretien exclusif avec Tom Gabriel Fisher (guitare, chant)...

- Par Laurent Michelland -

Croyez-moi, la mise en place de cet entretien avec cette légende vivante qu'est Celtic Frost ne fut pas chose aisée, loin de là, un peu à l'image du parcours chaotique qu'à vécu le groupe Suisse ces dernières années...

S'entretenir avec cet illustre artiste qu'est Tom Gabriel Fisher, géniteur d'albums aussi incontournables que sont To Mega Therion et Into the Pandemonium, est devenu alors une réalité inespérée... Avec beaucoup de fierté en en exclusivité mondiale, nous vous dévoilons certains secrets du retour tant attendu des tyrans…

Pour débuter cet entretien culte, je voudrais tout d'abord que tu m'éclaires sur le contenu, la teneur textuelle du livre dont tu viens d'achever l'écriture et qui s'intitule Are you morbid?

Ce livre est à la base une autobiographie qui est principalement centralisée sur les années d'existence de Celtic Frost. Cela fournit une vue des coulisses de la scène et montre vraiment ce qu'est un groupe et ce qu'est réellement l'industrie de la musique contemporaine. Je suis bien conscient qu'il est probablement prétentieux de ma part d'écrire une autobiographie à mon âge, mais je pense qu'il y avait suffisamment d'histoires à raconter pour concocter une lecture intéressante. D'ailleurs, l'éditeur et moi-même avons décidé de supprimer pratiquement la moitié du livre originel, parfois même des passages qui relatent des événements importants, afin d'éviter que le livre ne devienne trop long et trop lourd en informations.

Qu'est-ce que cet ouvrage atypique représente pour toi ?

J'ai toujours ressenti un don personnel, un goût prononcé pour l'écriture et l'édition. J'écris depuis bien plus longtemps que je ne fais de la musique et j'ai publié différents travaux en tant que journaliste freelance dans le passé. Le fait d'écrire un livre complet est une aspiration que je chérissais depuis de nombreuses années. J'espère écrire d'autres livres dans le futur, si la vie daigne donner encore quelques années d’existence à mon esprit. Tu sais, Are you Morbid? a d'abord et surtout était écrit afin de préserver ma santé mentale... Mais cela est, bien sûr, devenu un chapitre spécial dans l'histoire du groupe. Aucun doute là-dessus.

Parlons maintenant si tu le veux bien de l'actualité musicale de Celtic Frost. Vous êtes actuellement en pleine séance studio, afin d'immortaliser votre septième œuvre...

L'histoire de ce nouvel et septième album de Celtic Frost est tellement riche en rebondissement et si compliqué qu'il faudrait un livre entier pour en relater les tenants et les aboutissants. Crois bien que ce n'était pas notre intention, mais si tu es un groupe qui souhaite toujours faire les choses de manière différente et qui cherche à oser et innover, un tel projet devient vite une affaire très complexe. Surtout dans des périodes économiques aussi dures que maintenant, où l'industrie et le marché du disque ont vécu une chute massive : de nombreux labels sont au bord de la faillite dans tous les pays majeurs. La décision de continuer à aller de l'avant et d'enregistrer un nouvel album de Celtic Frost est arrivée de manière assez naturelle. Ce n'était pas l'idée émanant d'un manager et cela n'a rien à voir avec l'offre émanant d'une maison de disques. Nous avons reçu de nombreuses offres de contrats discographiques ces dernières années et nous avons toujours décliné ces propositions.

Nous avons travaillé en tant que groupe pour la première fois depuis des années, lorsque nous avons préparé les rééditions officielles de nos premiers albums de 1999 / 2000. Cette expérience fut si exaltante et encourageante que nous nous sommes demandé ce que cela donnerait si l'on essayait d'écrire un nouvel album de Celtic Frost tous ensemble. Cela a pris du temps pour tout organiser correctement, mais dès que l'on a commencé les répétitions, il devint vite clair que notre musique était passionnée et aussi radicale qu'elle devait l'être. Le fait d'enregistrer un album complet est vite devenu une urgence.

Où se déroule dans le plus grand secret la genèse de ce retour inespéré ?

Nous enregistrons la plupart des morceaux dans nos « home studios » respectifs, ainsi que dans la salle de répétition appartenant à Appolyon Sun, située à Zurich. Nous louons au groupe ce local, car il est équipé d'un matériel suffisamment performant pour mettre en boîte un produit professionnel et de bonne qualité.Les dernières séances d'enregistrement ainsi qu'une grosse partie du mixage s'effectueront en Angleterre.

Quel label aura donc le privilège de publier cette nouvelle offrande ?

Désolé, je ne peux pas révéler son nom ! Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il s'agit d'un label anglais basé à Londres. Je vous laisse donc deviner... Nous sommes satisfaits du contrat proposé, car nous avons obtenu une liberté artistique totale.

Le parcours de Celtic Frost, comme le tien, a été semé d’embûches ces dernières années. Cela a-t-il eu un effet sur vos compositions ?

Oui tout a fait ! Même si cela fait cliché, les chansons que nous avons écrites pour cet album ont été directement influencées par nos vies respectives.

Les expériences, les émotions et développements personnels que chacun de nous a vécus ces dernières années ont crées une énorme force passionnelle qui a nourri la composition d'une musique très intense.

De plus, étant donné qu'il y a un laps de temps important entre l'enregistrement du précédent album et celui-ci, nous avons eu le temps de vivre beaucoup de choses différentes chacun de notre côté. Nous avons tous souffert durant cette période de silence et cela se ressent dans les nouveaux morceaux.

De quelle manière décrirais-tu le style musical actuel de Celtic Frost ?

Décrire notre son actuel est quelque chose de très difficile, car le nouvel album inclut des éléments musicaux très variés. Par dessus tout, je dirais que les compositions sont très sombres, très émotionnelles et très puissantes. Mais puissantes à différents niveaux, pas uniquement parce que nous utilisons des sons de guitares saturées. Selon nous, la puissance est un terme pour décrire une émotion, une émotion qui a un impact significatif.

Qu'en est-il du line-up de Celtic Frost en 2003 ?

Cela n'a jamais vraiment été une question pour nous que le groupe ait dans ses rangs les musiciens qui ont enregistré les albums les plus majeurs de Celtic Frost, To Mega Therion et Into the Pandemonium, à savoir Martin Ain, Reed St.Mark et moi-même. La réalisation de cet album a été un énorme challenge, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais ce côté challenge entre parfaitement dans la logique artistique de Celtic Frost, nous sommes un groupe qui ose et qui ne copie pas.

Comme nous l'avions déjà fait durant les séances d'enregistrement de Into the Pandemonium, nous avons de nouveau accueilli un second guitariste au sein du line-up. Ce guitariste est tout simplement mon meilleur ami, un partenaire de longue date en terme de composition et de production, il se nomme Erol Unala. Sa façon de jouer est pratiquement indissociable de la mienne, mis à part le fait qu'il a une meilleure technique que moi...

Es-tu de nouveau le principal compositeur et l'unique parolier ?

Je dirai que ce nouvel album est un travail de groupe, bien que j'ai une influence importante sur la direction générale de l'album et que j'ai contribué à la majeure partie des morceaux. Beaucoup plus que ma collaboration a Apollyon Sun, où je ne jouais de la guitare que sur un titre, mes nouvelles compositions représentent les périodes difficiles que j'ai vécues dans ma vie au cours de ces dernières années. Je suis un maniaco-dépressif et sans vouloir passer pour un personnage mélo-dramatique, j'ai vécu de grands troubles moraux depuis la fin des années ‘90. Le fait que je sois toujours en vie aujourd'hui est dû au soutien d'Erol et personne d'autre. Qu'on le veuille ou non, ces périodes troubles de mon existence se trouvent évidemment reflétées dans la musique que j'écris.

Étant donné le caractère intimiste, sombre et personnel de ces nouvelles compositions, je me doute que les textes doivent suivre le même chemin...

Tu as raison, les paroles des nouvelles chansons trouvent leur inspiration dans nos pensées et nos sentiments les plus intimes. Elles reflètent complètement notre personnalité, certainement bien plus que tout autre album précédent de Celtic frost. A l'image de notre musique qui est devenue de plus en plus particulière et distincte ces dernières années, notre façon de rédiger les textes est également devenue très profonde, au point de révéler douloureusement nos plus grandes souffrances.

Que penses-tu des “Tribute Albums” en général et particulièrement de ceux qui vous sont dédiés, In Memory Of Celtic Frost et Order of the Tyrants ?

Je ne sais pas vraiment si les Tribute albums ont un quelconque mérite : j'ai tendance à les ignorer. En ce qui concerne les Tribute de Celtic Frost, je n'ai jamais aimé le premier que tu as mentionné et je n'ai jamais écouté le deuxième. D'ailleurs, je n'ai pas l'intention d'y jeter une oreille prochainement, cela ne m'intéresse pas...

Comment perçois-tu le fait que Celtic frost soit considéré comme un groupe culte et pionner dans le domaine du metal extrême ?

Ce n'est pas une chose à laquelle nous songeons beaucoup. Pour être honnête, nous y sommes confrontés le plus souvent de l'extérieur, lors d’interviews ou de discussions avec d'autres groupes. Nous ne parlons de cela que très rarement à l'intérieur du groupe. Composer de la musique est notre grande passion. Ce qui se passe ensuite va au delà de notre contrôle, de notre volonté et cela ne doit en aucun cas influencer notre façon d'aborder la musique...

http://www.celticfrost.com/